À l'heure où le salon de l’agriculture 2024 ferme ses portes à Paris. Dimanche en politique fait le bilan de la mobilisation inédite qui a secoué le pays. Le monde agricole en est-il sorti gagnant ? Le consommateur, qui pourra manger plus local en acceptant de payer plus cher ? Le grand perdant sera-t-il surtout l'environnement, sacrifié sur l'autel de la contestation ? Syndicats, politiques, industriels, distributeurs, chacun a joué sa partition jusqu'à la caricature. Alors, tout ça pour quoi ?
Retour sur un mouvement sans précédent du monde agricole, où pour la première fois tout est parti de la base des agriculteurs. Atteignant une cacophonie, chorale de la colère, lors de l'ouverture du Salon de l'Agriculture, suite à des annonces qui n'ont pas rassuré le monde agricole.
Face à la mondialisation alimentaire galopante, les paysans doivent se battre pour exister, vis-à-vis d'une concurrence internationale qui ne joue pas avec les mêmes règles.
C'est pourquoi l'une des revendications est de pouvoir vivre de son travail, et assurer un salaire décent. Entre la production fermière et le millefeuille des intermédiaires, le prix des produits explose avant d'arriver dans nos assiettes. Sans que les paysans profitent au maximum du fruit de leur labeur.
16% des ménages agricoles vivent sous le seuil de pauvreté
En 2021, selon des chiffres publiés par l'Insee, le revenu moyen annuel des ménages agricoles s'élevait à 52.400 euros. Mais il s'agit bien d'une somme pour un foyer. l'Insee précise que seul un tiers de ces 52.400 provient de l'activité agricole. À l'arrivée, chaque mois, le salaire médian dédié à l'agriculteur équivaudrait à 1.475 euros brut, là où le Smic s'élève aujourd'hui à 1.766 euros. Un revenu qui a chuté en 30 ans.
Une terre nourricière
La production agricole française représentait, en 2022, 95,8 milliards d'euros de chiffre d'affaires. La filière garde la tête en termes de production au niveau européen. Elle concentre plus de 17 % de la production totale du vieux continent. Et ses champs représentent quasi la moitié du territoire français.
C'est dire l'importance et l'incidence que peut prendre la colère des paysans.
Qui profite le plus ?
Parmi les responsables pointés du doigt, il y a la grande distribution. Même si ces grandes centrales ne captent que 45 % des produits des exploitations françaises. Elles ne respecteraient pas les lois Egalim, votées en 2018 et 2021, d'après les syndicats agricoles. Ces lois obligent le plafonnement des promotions et obligent la grande distribution à revendre les produits alimentaires au moins 10 % plus cher que leur prix d'achat. Chaque négociation est un véritable bras de fer entre enseignes et industriels. Problème, les distributeurs peuvent passer outre ces contraintes en faisant appel aux centrales d'achat européennes, ce qui permet de négocier le prix des produits hors législation française.
Fin janvier, la Confédération Paysanne, avait bloqué la centrale d'achat Leclerc de Saint-Etienne-de Montluc qui approvisionne 49 enseignes du grand-ouest, en se relayant durant plusieurs jours. Pour Lire l'article
Appliquer un prix plancher ainsi que les lois Egalim serait un bon point de départ, mais pour le groupe l'Écologie Ensemble ça ne suffit pas. Il faut rassembler tout le monde autour d'une table et aller plus loin encore.
Phyto contre écolo
Sur ce thème, tout le monde n'est pas d'accord, mais le véritable problème vient du fait que les pays n'ont pas tous les mêmes règles sanitaires. Créant ainsi un déséquilibre dans la production. C'est ce qu'explique Mickael Trichet, le président de la FNSEA 44
Vivre ou survivre
Les agriculteurs sont actuellement dans un grand écart. Un pied dans un surproductivisme afin de nourrir le consumérisme galopant. Et l'autre pied dans une production raisonnée pour nourrir une terre nourricière qu'il faut préserver.
À l'arrivée, ne serons-nous pas tous perdants, chacun à son niveau ? L'avenir et la mise en application de la cascade de mesures promises nous le dira.
Une émission fertile animée par Maxime Jaglin avec comme invités :
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Mickael Trichet : Président de la FNSEA 44, éleveur de vaches allaitantes
- Jean-Christophe Richard : Président de la Confédération paysanne 44, éleveur de vache laitières
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Lucie Etonno : conseillère régionale, présidente du groupe l’Ecologie Ensemble
► Dimanche en Politique à voir ce dimanche 03 mars à 11 h 10 et en replay sur france.tv